Schemenlaufen à Imst


Tous les quatre ans, les hommes d’Imst toutes générations confondues se glissent dans leurs vêtements de carnaval. La rareté et le caractère très traditionnel de ce Schemenlaufen (« défilé des fantômes ») font que la petite cité de l’Oberland tyrolien vibre longtemps à l’avance au rythme du carnaval et l’attend avec grande impatience.

Pour une journée, le jeu et la danse dominent la vie des rues et ruelles d’Imst. Le défilé des fantômes, c’est de la culture populaire tyrolienne bien vivante, les milliers de spectateurs des environs ou de plus loin qu’il attire tous les quatre ans à Imst ne s’y trompent pas.

Au commencement de cette journée de folie

Pour les habitants d’Imst, le défilé des fantômes commence dès six heures et demie, toutefois sans les masques, avec un service religieux en l’honneur de tous les participants au carnaval décédés. Juste après la messe, des hérauts à cheval proclament le début du carnaval et un premier défilé masqué descend depuis les hauts de la ville. Le groupe s’en prend aux actes saugrenus et autres événements drôles ou embarrassants qui sont arrivés dans le village les mois précédents. À neuf heures et demie débute le défilé des masques de la basse à la haute ville, suivi par les chars de carnaval. À 11h30, tous les masques doivent être ôtés, jusqu’à ce que des salves au dernier coup de midi ne donnent le signal du début du défilé des fantômes.

Les deux principaux personnages: les Scheller et les Roller

Avec le « Pemsl », une sorte de plumeau constitué d’un manche et de bois de saule effiloché, le « Vorroller » donne le signal de départ. Il est le maréchal du défilé, le personnage masqué le plus haut gradé, l’homme qui fait autorité. Ses ordres sont suivis de tous, avant tout par les Scheller et les Roller qui forment des « couples » entre eux. Leur jeu est fixé jusque dans ses moindres détails: les Roller menus sautillent presque toujours autour des Scheller lourdauds – ce sont des rôles étudiés. Le Roller porte un masque jeune et féminin, sans rides, avec une haute coiffe décorée par des fleurs artificielles, le « Schein » (l’apparence), au centre duquel se trouve un miroir. L’objet qui le caractérise est le « Gröll », une ceinture de cuir garnie de 40 à 48 clochettes, portée autour de la taille. Son pendant, le Scheller, présente un masque à l’expression sévère, marqué par les rides, avec une longue moustache tombante baroque et une coiffe encore plus grande avec un miroir et une couronne d’if. Autour de ses hanches pend le « Gschall », une lanière de cuir pouvant peser jusqu’à 35 kg avec ses quatre à dix cloches pour vaches forgées à la main et réparties entre le devant et le derrière. Il les fait sonner dès que le Roller l’y invite par une danse appropriée. Lors du « Gangl », leur danse commune, le tintement aigu des Roller se mêle aux coups sourds des Scheller.

Faites place au carnaval !

Pour que personne ne puisse déranger le jeu des Scheller et des Roller, les « masques de l’ordre » veillent à ce qu’aucun spectateur audacieux ne pénètre dans leur « Kroas » (cercle). Ils libèrent le chemin pour les masques à l’aide de sacs de paille. Aux côtés des « Sacknern » (porteurs de sacs), on trouve aussi les « Spritzer » (éclabousseurs) qui, eux, font de la place grâce à leurs énormes seringues à eau, les nombreuses fontaines du village leur offrant moult possibilités de les remplir à nouveau pendant le défilé. Au Schemenlaufen, des ours, des meneurs d’ours, des singes et des oiseleurs sont aussi de la partie. Suivent ensuite, comme nous l’avons déjà évoqué, des chars de carnaval magnifiquement décorés autour des thèmes les plus divers. Les « Labera », un groupe de chanteurs des rues d’environ 25 hommes en frac et en haut-de-forme, closent le cortège en présentant avec humour, par des paroles, des images et des chants, toutes sortes de fabliaux et autres goualantes, en rimes et en dialecte, s’il vous plaît !

Quelques rituels du défilé des fantômes

En certains endroits, particulièrement devant d’anciennes auberges ou fontaines, le cortège s’arrête pour faire participer quelques concitoyens; les heureux élus se voient présenter leur propre Gangl par un couple de Roller et de Scheller, puis sont invités à passer à la caisse où les attendent un bretzel et un insigne. La personne introduite, pour qui ce rituel est un grand honneur, remercie en donnant un peu d’argent, l’obole. Sur les chars, on intègre aussi à tout va. Là, on vous sert un petit Schnaps. Un autre rituel très ancien du défilé des fantômes est le « Brunnenführen »: lorsqu’un Roller repère son enfant ou celui d’un de ses proches, il le prend par la main et le mène en dansant à la fontaine la plus proche. Là, il plonge son « Pemsl » dans le bassin et asperge l’enfant avec un peu de cette eau fraîche. Après ce cérémoniel de bénédiction appelé aussi baptême à la fontaine, l’enfant reçoit un bretzel et est ramené dans le public. La fête se termine sur le coup de six heures, lorsque l’Ave Maria résonne. Les Imstois ôtent leurs masques, le défilé des fantômes est terminé. La plupart sont fatigués mais heureux.

Petit Scheller deviendra grand !

C’est bien connu, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Pour que les garçons d’Imst deviennent un jour de vrais carnavaliers, un défilé des petits de 6 à 16 ans se tient toujours deux ans avant le grand Schemenlaufen: le « Buabefasnacht ». Et tout se déroule déjà comme chez les grands, la seule différence étant que les participants sont juste … un peu plus petits !

 


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